Like
Like Love Haha Wow Sad Angry

L’année 2018 n’aura pas été sans ses hauts et ses bas pour le cinéma. Des records brisés (Avengers: Infinity War, Black Panther, Aquaman), des sommets insurmontables dépassés (Mission: Impossible – Fallout, First Man), le cinéma étranger qui est mis en avant aux grands festivals et cérémonies de récompenses (Cold War, Roma, Shoplifters), le cinéma indépendant – les “indies” – qui commence enfin a être admiré à sa juste valeur (Blindspotting, The Favourite, First Reformed) et le gouffre du mauvais cinéma qui s’enfonce davantage (The Cloverfield Paradox, Mile 22 et Jurassic Park: Fallen Kingdom). L’année aura certainement eu ses chamboulements et la course aux Oscars en sera de même. Cette compétition envers la prestigieuse statue en or restera dans les annales pour sa pléaide de controverses liée à l’Académie des Oscars. La cérémonie a un désir irrévérencieux d’accroître son audimat par tous les moyens, après une succession de cérémonies avec des audiences en baisse d’année en année.

La cérémonie concèdera une première parmi plusieurs défaites. La nouvelle catégorie proposée s’intitulant “meilleur film populaire” sera retirée, après avoir causé un pandémonium dans la communauté de cinéastes et cinéphiles dans le monde entier. Une lettre signée par plus de cent réalisateurs, cinématographes et acteurs de Hollywood et adressée à l’Académie a récemment porté ses fruits: l’Académie a cédé. Les Oscars ne relègueront pas les quatres catégories (meilleur montage, meilleure photographie, meilleur costume et meilleur court métrage de fiction) à être diffusées lors des fenêtres publicitaires lors de l’émission. Comme l’a dit Alfonso Cuarón (réalisateur, scénariste, producteur et chef opérateur de Roma): “Dans l’histoire du cinéma, des chefs-d’oeuvre ont existé sans son, sans couleurs, sans histoire, sans acteurs et sans musique. Aucun film n’a jamais existé sans la présence de la CINEMAtographie et du montage.”

Toutes les 24 catégories des Oscars seront diffusées dans leur entièrerté, ceci sans présentateur (une première depuis 30 ans). Lady Gaga aura dû utiliser son statut de chanteuse mondialement renommée et respectée pour exiger que tous les 5 nommés pour la catégorie “meilleure chanson” soient invités à chanter leur chanson. Initialement, seuls les musiciens de “Shallow” (A Star is Born) et de “All the Stars” (Black Panther) avaient été invités. S’en suivra un plaidoyer pour que seul un segment de 90 secondes des chansons soit éxécuté, mais “no means no”, aura maintenu Lady Gaga. La chanteuse est nommée pour la meilleure chanson et comme meilleure actrice cette année.

Quel fiasco… Et les nommés pour la grande statue, dans toute cette histoire? Ne vous en faites pas! Je les ai tous vus pour vous, et je vous (re)fais un compte rendu sur les 8 films à un pas de l’Oscar du meilleur film de 2018.

Black Panther

Après son début dans le cinéma indépendant avec Fruitvale Station, Ryan Coogler a par la suite ressuscité la franchise Rocky grâce à Creed en 2015 et a désormais réalisé l’entrée la plus lucrative dans le Marvel Cinematic Universe (hormis les opus qui réunissent les héros dans les volets des Avengers). Personne ne peut nier l’impact culturel de Black Panther, sa faculté de combiner le film qui divertit avec le film à message et, pour son appel à une plus grande diversité sur l’écran, un écho similaire qu’avait réussi à jaillir de Wonder Woman l’année passée. Ce blockbuster est admirablement réalisé, le monde de Wakanda et sa culture semblent réellement respirer la vie, l’opus rentre parfaitement dans la continuité de Marvel qui continue de s’étendre de film en film. D’un autre côté, il est difficile d’accepter cette nomination du premier film de super héros nommé en tant que meilleur film aux Oscars, après avoir eu la trilogie The Dark Knight de Christopher Nolan, ou le dernier opus de Logan de James Mangold. Est-ce la revanche des Oscars pour avoir été forcé de renoncer à leur catégorie de “meilleur film populaire”?

7 nominations: meilleur film, meilleure bande originale, meilleure chanson, meilleur montage de son, meilleur mixage de son, meilleurs décors et meilleurs costumes.

Mon score: 8.5/10

Michael B. Jordan et Chadwick Boseman

BlackKklansman

Spike Lee, le cinéaste qui prône le cinéma afro-américain, parvient à créer un film à la fois comique, intriguant et cruellement d’actualité après une longue hibernation de créativité. BlackKklansman est l’histoire vraie et incroyable de Ron Stallworth, le premier détective afro-americain dans le Colorado  des années 70, qui infiltre le Ku Klux Klan…En bouclant la boucle, peut-être que Spike Lee veut un peu trop en faire en liant son film aux attaques de Charlottesville de 2017.

John David Washington (oui oui, le fils de Denzel) montre que sa carrière se résumera à plus qu’à être réduit à un rôle secondaire dans une série de HBO sous Dwayne Johnson. Adam Driver est toujours aussi charismatique, même si j’estime qu’il reçoit la nomination la moins mémorable de ces dernières années.

6 nominations: meilleur film, meilleur réalisateur (Spike Lee), meilleur acteur dans un second rôle (Adam Driver), meilleur scénario adapté, meilleur bande originale et meilleur montage.

Mon score: 8/10

Adam Driver et John David Washington

Bohemian Rhapsody

Cette biographie de Freddie Mercury – mais pas vraiment –  est plutôt une biographie du groupe Queen, mais pas vraiment non plus. Un film qui a clairement plu au grand public (plus de 800 millions de dollars de recettes), cette production est à la fois médiocre et trop ambitieuse, finissant par s’écraser sous son propre poids. Le film veut nous montrer les origines de Freddie et du groupe mythique qu’il intègrera, ainsi que les 20 ans qui se poursuivront, tout en voulant nous offrir un calque du concert iconique de Live Aid en 1985. Le réalisateur Bryan Singer a été viré de la production avant la fin du tournage et ce spectre qui est “d’avoir travaillé avec un réalisateur accusé de nombreux viols” hante cette mise en scène aseptisée et vulgarisée de Freddie Mercury. La preuve: Rami Malek n’a même pas mentionné le nom du realisateur après avoir gagné son BAFTA récemment.

Rami Malek personnifie admirablement Freddie Mercury dans un film non-mémorable, et qui sera certainement refait dans les années à venir, avec plus de passion et de talent derrière la caméra.

5 nominations: meilleur film, meilleur acteur dans un rôle principal (Rami Malek), meilleur montage de son, meilleur mixage de son et meilleur montage.

Mon score: 6/10

Rami Malek

The Favourite

Le cinéaste grec Yorgos Lanthimos rentre dans la cour des grands avec son troisième film en anglais imbibé de révisionnisme et de drame à humour satirique. The Favourite raconte l’histoire vraie du reigne de Anne, reine d’Angleterre au début du 18ième siècle, dont ses deux concubines luttent pour devenir sa préférée. Ce film historique est magistralement mis en scène, donnant une claque aux films classiques anglais aux formats réguliers. Rachel Weisz, Emma Stone et Olivia Colman crèvent l’écran et délivrent un scénario qui équilibre les trois rôles à la perfection.

10 nominations: meilleur film, meilleur réalisateur (Yorgos Lanthimos), meilleure actrice dans un rôle principal (Olivia Colman), meilleure actrice dans un second rôle (Emma Stone & Rachel Weisz), meilleur scénario original, meilleurs décors, meilleure photographie, meilleurs costumes et meilleur montage.

Mon score: 7.5/10

Emma Stone

Green Book

Quelques années avant Martin Luther King, un pianiste de jazz afro-américain engage un videur de boîtes du Bronx de descendance italienne pour être son chauffeur lors d’une tournée de concerts dans le Deep South. L’hiérarchie sociale est inversée dans Green Book. Cette histoire vraie adopte un ton moins graphique et plus accessible pour aborder le racisme (un contraste avec BlackKklansman qui joue sur l’immoralité absurde, ou Black Panther qui est plus radical dans son message). Green Book montre pleinement les nombreuses cruautés racistes qui sont ancrées dans le monde des Etats-Unis, et à quel point les choses étaient (et sont) catastrophiques pour des personnes de couleur, le tout avec une des amitiés les plus cathartiques de l’année. Viggo Mortensen et Mahershala Ali offrent les deux meilleures prestations de l’année et, j’oserais même dire, leurs meilleures performances individuelles.

5 nominations: meilleur film, meilleur acteur dans un rôle principal (Viggo Mortensen), meilleur acteur dans un second rôle (Mahershala Ali), meilleur scénario original et meilleur montage.

Mon score: 9/10

Viggo Mortensen et Mahershala Ali

Roma

Après un des meilleurs films dystopiques du 21ième siècle (Children of Men) et un chef-d’oeuvre en photographie et effets spéciaux dans l’espace (Gravity), Alfonso Cuarón présente son nouvel opus dans le cinéma de la vie. Son projet semi-autobiographique Roma est en noir et blanc et se déroule à Mexico City en 1970. Ce saut dans un souvenir intemporel est magistral. Aucun plan n’est mal cadré, aucune émotion n’est gâchée et l’innocence de l’amour pour autrui ne doit jamais être perçue comme une faiblesse.

10 nominations: meilleur film, meilleur réalisateur (Alfonso Cuarón), meillleure actrice dans un rôle principal (Yalitza Aparicio), meilleure actrice dans un second rôle (Marina de Tavira), meilleur scénario original, meilleur film étranger (Mexique), meilleur montage de son, meilleur mixage de son, meilleurs décors et meilleure photographie.

Mon score: 9/10

Yalitza Aparicio

A Star is Born

Bradley Cooper a appris à chanter et à jouer de la guitare pour prendre les commandes de sa première réalisation: le troisième remake d’une histoire d’amour intemporelle. L’acteur devient musicien, la chanteuse devient actrice. Le niveau de sincérité qui émane de A Star is Born est extraordinaire. Emotionnellement, cela s’étend de la plus grande euphorie jusqu’aux plus profondes des misères. C’est à la fois un commentaire évocateur sur l’industrie du showbiz tout en invoquant la question “qu’est-ce qu’un artiste?”. Toute créativité voudra toujours être contrôlée, gérée et cadenassée. Lady Gaga prouve, une fois de plus, au monde entier que son talent reste à peine exploité, en incarnant un des rôles des plus intègres de l’année.

8 nominations: meilleur film, meilleur acteur dans un rôle principal (Bradley Cooper), meilleure actrice dans un rôle principal (Lady Gaga), meilleur acteur dans un second rôle (Sam Elliott), meilleur scénario adapté, meilleure chanson, meilleur mixage de son et meilleure photographie.

Mon score: 10/10

Bradley Cooper et Lady Gaga

Vice

Adam McKay veut inlassablement prouver à la terre entière qu’il “comprend les fonctionnements du monde” mieux que quiconque. Il a d’abord voulu nous “instruire” sur le crash boursier de 2008 avec son pastiche satirique The Big Short pompeux et grandiloquent en 2015. Mckay estime que faire de la comédie est désormais inférieur à lui (il est tout de même responsable des comédies reconnues que sont Step Brothers, Anchorman et The Other Guys)… cette fois-ci, il nous raconte Dick Cheney. Le vice-président de George W. Bush reçoit à son tour le traitement type du biopic formatté pour les Oscars: le dévoilement de l’homme qui a renversé le cours de l’histoire. Si seulement ce slogan n’avait pas déjà été utilisé au-delà des limites, je suis sûr que j’aurais été à moitié impressionné.

Cette farce est un pastiche qui redéfinit le genre. Tout y est, trop y est, et tout est passé à la moulinette: une chronologie non-linéaire infondée, un méta-récit qui s’adresse constamment au spectateur jusqu’à être intrusif, une scène de Hamlet de Shakespeare en insertion chaotique et jouée verbatim par les personnages du biopic. Si seulement Adam McKay avait présenté l’idéologie de l’homme qui détenait les rennes de la présidence de Bush Jr, au lieu de vouloir jouer le prophète qui a élucidé le mystère de la face cachée du monde. La seule chose pire qu’un mauvais film est un mauvais film qui se croît être intelligent. Christian Bale est – une fois de plus – sensationnel. Il a pris près de 20kg pour le rôle et rentre merveilleusement dans la peau de l’homme dont l’idéologie radicale laisse encore des séquelles visibles à ce jour.

8 nominations: meilleur film, meilleur réalisateur (Adam McKay), meilleur acteur dans un rôle principal (Christian Bale), meilleur acteur dans un second rôle (Sam Rockwell), meilleure actrice dans un second rôle (Amy Adams), meilleur scénario original, meilleur maquillage et coiffures et meilleur montage.

Mon score: 2/10

Christian Bale

Commentaires