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“Il est de retour.”

Cette phrase a été tellement exploitée qu’elle a atteint presque un statut de cliché. Spielberg n’a pourtant pas pris de pause ? Quand même pas l’homme qui est capable de bombarder deux films par an à de nombreuses reprises ?

Ma relation avec Steven Spielberg est la suivante : ses plus mauvais films – car, oui, il a créé des abominations – sont toujours impeccables d’un point de vue cinématographique. Ses « War Horse » ou « Indiana Jones and the Kingdom of ET’s Cameo” sont admirablement filmés, leurs musiques composées par John Williams sont agréables jusqu’à la noire et la croche singulière, et ceux-ci sont réalisés de façon rien moindre que majestueuse.

Ceci dit, il y a longtemps que Spielberg n’avait plus réussi à me faire tomber de ma chaise dans une salle de cinéma. « Bridge of Spies » de 2015 était vénérable mais, soyons honnêtes, ce film était d’un ton très sérieux. Pour ma part, exactement le même ressenti pour « Lincoln » (2012). Je n’ai pas envie de revivre la guerre civile américaine à chaque fois que je lance un Spielberg. Malgré cela, étrangement, je n’ai jamais eu cette même sensation avec « Saving Private Ryan » (1998). Voilà ce que je sous-entends ainsi quand je dis : il nous a délivré son meilleur travail depuis « Minority Report » (2002) ; il est de retour.

steven spielberg movies
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Ready Player One

Dans « Ready Player One », nous nous trouvons à Columbus, dans l’Ohio, en 2045, dans un monde qui a atteint une saturation macabre sur le plan démographique et de la pollution, jusqu’au point où tout le monde – et je réitère bien tout le monde – a choisi l’escapade du MMORPG en réalité virtuelle (c’est-à-dire VR) qu’est l’Oasis.

La Realité virtuelle dans Ready player One
La VR dans Ready player One

Dans l’Oasis, les gens consentent à l’identité qu’ils veulent, adoptent l’apparence physique choisie en fonction de leurs plus grandes imaginations (à l’aide de monnaie virtuelle), et tracent les aventures qu’ils veulent. L’introduction à l’Oasis est un montage qui pourrait ne jamais s’arrêter, survolant monde après monde avec transition et fluidité d’une dextérité digne du duo Spielberg et son directeur photo fétiche Janusz Kamiński.

De monde en monde, les palettes de couleurs explosent à vos yeux, soutenues de coupures de montages irréalistes mais, on l’accepte car nous nous trouvons à l’intérieur d’un jeu. Je n’ai pas envie de trop vous dévoiler l’histoire du film mais, sachez que celle-ci comprend le futur dystopique délavé de couleurs, aussi bien que l’Oasis. Les deux mondes sont bien équilibrés en termes de temps consacrés dans chacun d’eux. Enormément d’éléments fonctionnent dans ce film.


Une grande portion du temps est dévouée à la construction de l’univers de l’Oasis : l’explication de ses origines, de ses règles, de son « monde » et de tout son fonctionnement. Il me semble qu’ils ont choisi des séquences d’animation plutôt que d’opter pour du motion-capture pour les personnages, car le rendu de ceux-ci fait très personnages issus de jeux vidéo. Le choix était de les rendre volontairement non-humains et j’admire ce choix artistique.

Parzival, Art3mis et Aech ne bénéficient peut-être pas d’évolutions dignes de Hamlet dans leur personnage mais, avec un peu de recul, rajouter du contenu à cette histoire déjà bien chargée n’aurait fait que piétiner sur son rythme, j’estime… Toute l’ambiance du gaming online est magistralement recréée.

A un certain point dans l’histoire, dans une séquence qui se déroule dans une boîte de nuit dans l’Oasis, trois personnages – dont un visage qui vous sera très familier – retiennent leur souffle en voyant un « badass » arriver sur les lieux, avec son armure « OP », comme ces geeks qui ont consacré tout leur temps au jeu et qui ont compris comment vous écraser ; cette étrange sensation de balancement entre admiration et jalousie virtuelle est rendue avec une authenticité solennelle.

Mon seul souci majeur avec le film est une certaine tournure dans l’histoire qui a lieu dans son 3ième acte, qui est un élément uniquement présent pour faire avancer l’histoire et voulu par le scénario.

Il est difficile pour moi d’élaborer sur ce point sans vous dévoiler « le truc » ; je dirai alors simplement : tout l’ethos du film est de donner un sens et une existence à l’Oasis, ce monde qui n’existe pas mais qui, finalement, est accepté par son spectateur car il est fichtrement bien créé, avec ses univers comprenant des mondes et des mondes… et puis « quelque chose » se passe avec un objet acheté dans le jeu qui nie toutes les règles préétablies d’un Oasis ou de quelconque jeu.

Rien d’une telle magnitude ne pourrait avoir lieu dans un vrai jeu vidéo, ce qui s’avère réellement dommage pour un film qui se concentre autant à la construction d’un nouveau monde de jeux (même s’il se trouve dans un film).

Il manquait un sentiment de clan d’acteurs dans la plupart des derniers Spielberg. Je n’arrive pas à me souvenir lequel était celui qui aurait généré ce même ressenti : « The Adventures of Tintin », « Jurassic Park », « Saving Private Ryan » ?

Dans tous les cas, « Ready Player One » jauge bien les jeunes gamers joués par des acteurs plus jeunes et plus inexpérimentés, en contraste avec Mark Rylance, Simon Pegg, T.J. Miller et Ben Mendelsohn, chacun avec leur complexe de dieu à des échelles différentes.

Pour ne pas vous gâcher tout le « fun », je ne rentrerai pas dans les détails d’innombrables références culturelles provenant des jeux vidéo, les comic books (les BD américaines), les films d’animation, les mangas et anime ou les films ; tout cela reprenant un catalogue de plus de 4 décennies de références intertextuelles…, en plus d’une séquence magistrale au milieu du film qui a soigneusement été épargnée par les nombreuses bandes-annonces.

Le verdict ..

Spielberg a toujours été un grand réalisateur, ceci n’est même pas digne d’un débat. Même si j’ai de nombreux problèmes avec la plupart de ces derniers films, il reste un maître en sa matière, et nous devons admirer ses œuvres et les (quelques) œuvres qu’il compte encore nous offrir.

Avec « Ready Player One », il a créé un film d’action qui fuse dans tous les sens, soutenu par un bon ensemble d’acteurs, tout ceci souligné d’une belle morale. Que vous soyez un gamer jusqu’à votre mort ou que la culture moderne ne vous soit pas familière, je suis convaincu que beaucoup passeront un excellent moment avec ce dernier Spielberg.

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